lundi, 02 novembre 2009

François Bayrou sur RTL

fb-rtl-291009.jpgFrançois Bayrou était l'invité de Jean-Michel Aphatie, jeudi 29 octobre, sur RTL. Le Président du Mouvement Démocrate est revenu sur la présence des troupes françaises en Afghanistan, sur le débat lancé par le gouvernement relatif à l'identité nationale, ainsi que sur sa vision du régime en place.

Bonjour François Bayrou

François Bayrou : Bonjour

Les Talibans ont frappé, hier, au coeur de Kaboul ; et tous les journaux, ce matin, s'inquiètent et s'interrogent sur l'évolution de la situation en Afghanistan. Les soldats français doivent-ils poursuivre leur tâche dans ce pays, François Bayrou ? Ou faut-il envisager leur retour ?

Il y a de quoi s'inquiéter parce que la France ne participe pas du tout, en tout cas de manière apparente à la réflexion sur un changement éventuel de stratégie en Afghanistan. Tout le monde note qu'il y a un très grand échec, c'est que désormais ces troupes d'intervention apparaissent pour la population civile comme des troupes d'occupation. Tout le monde voit qu'il y a un changement de stratégie en cours. Barack Obama  -et je pense qu'il a raison- depuis plusieurs semaines, est engagé dans une réflexion sur ...

Il hésite, surtout !

Oui, mais je trouve qu'il est normal de réfléchir quand on est Président des Etats-Unis

Réfléchir, c'est bien ; hésiter, ce n'est pas bien !

Ce que je trouve qui est très frappant pour nous qui avons des soldats engagés sur place et qui meurent, hélas, ce qui est très frappant c'est que nous ne participons pas à cette réflexion ... On nous avait dit ...

Est-ce qu'on peut rester en Afghanistan ? Est-ce que ça a un sens encore, selon vous François Bayrou ?

Je réponds dans une seconde. On nous avait dit : on va entrer dans le commandement intégré de l'OTAN pour pouvoir jouer un rôle dans les décisions qui vont être prises. Aujourd'hui, nous sommes entrés dans le commandement intégré de l'OTAN et nous ne jouons aucun rôle dans les décisions qui vont être prises.

Rester ou pas ? La question se pose ?

Alors vous dites : est-ce qu'on peut rester ou partir ? En tout cas, on ne peut pas s'en aller comme des voleurs en laissant aux Talibans, c'est-à-dire à ce qu'il y a de pire à peu près en organisation terroriste sur la planète, la victoire en Afghanistan  mais le changement de stratégie s'impose et nous devons y participer.

Tous les combattants de la Grande Guerre 14-18 sont morts ; et exceptionnellement, cette année, la Chancelière allemande sera présente sous l'Arc de Triomphe en compagnie du Président de la République pour célébrer la réconciliation franco-allemande, ce sera un événement. Est-ce que vous vous en félicitez, François Bayrou ?

Oui, je trouve que c'est un geste qui est bien. J'ai été plus inquiété par une déclaration du gouvernement ...

A propos de ça ?

.. d'un ministre qui a dit : le 11 novembre va maintenant changer de vocation, il va devenir la fête de l'amitié franco-allemande. Je trouve qu'en règle générale, on manipule trop l'Histoire et les symboles. On nous entraine dans des terrains où il ne faut pas aller parce que ça n'appartient pas au Pouvoir, et ça n'appartient à personne. Le 11 novembre, c'est la fête du Sacrifice. 1 million et demi d'hommes, de jeunes hommes, ont donné leur vie pour leur pays et combien d'autres ! Américains, Canadiens, Anglais sont venus les aider. C'était une guerre mondiale. Je trouve qu'il est bon que le 11 novembre garde sa vocation. Il y a une fête de l'amitié franco-allemande, c'est le 9 mai : c'est la fête de l'Europe. Célébrons-la comme nous devons la célébrer et ne changeons pas le 11 novembre de vocation.

Est-ce que vous participerez au débat sur l'identité nationale, François Bayrou ?

Oui je suis très choqué de l'utilisation qu'on veut faire, une nouvelle fois, de l'identité nationale. L'identité nationale, ça non plus c'est comme l'Histoire, ça n'appartient pas au Pouvoir, ça n'appartient pas au gouvernement. L'identité nationale, on a eu une très longue réflexion en France et elle a fini par culminer cette réflexion sur l'identité nationale : c'est le respect des valeurs qui sont les nôtres. C'est les respects des valeurs de la république. Respectons-les. Est-ce qu'elles sont respectées aujourd'hui ? Non. Que le gouvernement au lieu de faire une utilisation de ce sujet dont on voit très bien ce qu'on y cherche, au lieu de faire une utilisation de ce sujet, que le gouvernement respecte les valeurs de la république.

Vous ne participerez donc pas aux débats, François Bayrou ?

Non, je ne dis pas ça parce que je ne veux pas ... En tout cas ...

Ah, vous y participerez  parce que ça commence la semaine prochaine ?

Je refuse d'être instrumentalisé par le gouvernement ...

Donc, vous n'y participez pas ? Les choses sont simples parfois. Si c'est une instrumentalisation, vous n'y participerez pas ?

...Mais ne cherchez pas des réponses simplistes. En tout cas, moi je n'ai pas envie de participer à une instrumentalisation.

Vous n'avez pas envie ; donc, on peut imaginer que vous n'y participerez pas. Vous chantez "la Marseillaise" lors des cérémonies officielles, François Bayrou ?

Oui.

D'accord.

Oui, et ça appartient à tout le monde.

On n'est pas obligé de la chanter non plus mais vous la chantez. Henri Proglio, nouveau P-DG d'EDF, a été auditionné, mardi, par les députés de la commission des Affaires Economiques et Henri Proglio a confirmé à cette occasion, son projet de faire d'EDF, entreprise publique, le premier actionnaire de Véolia, son ancienne entreprise dont il conserve, par ailleurs, la présidence du conseil d'administration. Que pensez-vous de ce projet, François Bayrou ?

Je pense que c'est inacceptable. Je pense que la présidence de la plus grande entreprise publique française ne devrait pas être compatible avec la présidence d'une très grosse entreprise privée. Encore moins quand elles ont des filiales en commun et encore moins lorsqu'on veut faire d'EDF l'actionnaire de Véolia qui est terriblement endettée. Autrement dit, on va mettre à la charge du consommateur d'électricité français le désendettement d'une entreprise privée ; en tout cas, moi c'est comme ça que je le lis. Et ceci est absolument le contraire des principes qui jusqu'à maintenant avaient inspiré l'action de l'Etat dans ce domaine si sensible de l'électricité.

Avez-vous un moyen de mener ce débat, de faire en sorte que ça ne se produise pas, pour  ce que vous jugez inacceptable ?

Oui, je le mène devant vous. Nous avons ... vous aussi, je veux dire la presse aussi ... et nous responsables politiques, nous n'avons qu'un recours dans ces affaires : c'est l'opinion. On l'a vu dans l'affaire de Jean Sarkozy. Qu'est-ce qui s'est passé ? Il s'est passé que le gouvernement avait décidé de passer en force, que le pouvoir et le président de la République avaient décidé de passer en force et puis, l'émotion des Français a fait qu'il a été obligé de changer de ligne. Eh bien, je suis pour que nous saisissions cette émotion. Pour l'instant, dans l'affaire de la nomination d'Henri Proglio, personne ne dit rien. Ce n'est pas la personne qui est en cause, c'est le fait qu'on nomme un homme qui va avoir à l'esprit non pas l'intérêt des consommateurs d'électricité français mais aussi les intérêts d'une entreprise privée et d'actionnaires privés. Ce n'est pas acceptable et il faut que les Français le disent.

Donc, ce matin, vous l'avez dit sur RTL. Plus anecdotique mais pas moins intéressant : Le Nouvel Observateur raconte, cette semaine, que finalement François Bayrou vous avez rencontré Ségolène Royal. Leur entrevue s'est déroulée dans un bistrot parisien, début octobre et elle a duré deux heures. Vrai ou faux ?

Faux.

Ç a n'a pas duré deux heures ?

Non, non.

Ça a été plus court que ça ?

J'ai rencontré Ségolène Royal. Je ne l'ai pas rencontrée dans un bistrot parce que disons que c'est un peu voyant... des rencontres dans les bistrots ; et j'ai rencontré Ségolène Royal comme je rencontre tous les responsables politiques en France qui ont une responsabilité dans le débat qui est devant nous.

C'est le début d'une affaire politique ?

Je résume le débat. Est-ce que nous allons accepter que le régime qui est en place marque le pays de son empreinte pendant dix ans ?

Le régime ! enfin, vous voulez dire le gouvernement ?

Non, je dis le régime parce qu'il y a une idéologie ...

Le régime ? Il est élu, il est républicain, il est légitime.

Oui, c'est ce que vous dites.

Ce n'est pas un régime quand même !

Je ne suis pas de cet avis.

Ah !

Je dis qu'il y a un régime parce qu'il y a une idéologie et une pratique du pouvoir qui ne respecte pas nos principes. Et je ne suis pas le seul à le dire -vous avez vu ce qu'Alain Juppé a dit de l'identité nationale, hier, vous avez vu ce qu'Edouard Balladur a dit de l'immigration, hier aussi-. Il y a beaucoup de gens qui s'inquiètent y compris dans la droite républicaine française, tous ceux-là doivent avoir quelque chose à se dire et je parle à tous.

François Bayrou, invité de RTL, ce matin, bonne journée.

 

jeudi, 29 octobre 2009

L'identité nationale n'appartient pas aux politiques

 

MLP.jpgPar avance, je ne puis qu'implorer notre nouvel ami canadien (1) de m'accorder son pardon pour les propos ci-après et une introduction moins ampoulée qu'à l'accoutumée.

 

Marine Le pen prend-elle les Hénibeaumontois et les Français pour des imbéciles ?

 

La question s'impose en effet à la lecture du Monde du 28/10/2009 et de son sujet "Marine Le Pen veut rencontrer Nicolas Sarkozy"

 

Prise de vitesse par une UMP qui, à l'approche des régionales, s'extrêmise, la N°2 des frontistes hénibeaumontois se lance à corps perdu dans une opération visant à déborder Nicolas Sarkozy. L'exercice est ardu car il lui faut éviter tout dérapage incontrôlé susceptible de la plonger à nouveau dans l'image du FN paternel.

 

Un cadrage-débordement conduisant la colistière de l'enfant du pays à une nouvelle provocation : selon elle, le futur débat sur l'identité nationale "mérite mieux que des discussions de sous-préfecture encadrées par M. Besson avec quelques emplois-jeunes issus d'associations subventionnées qui ne représentent personne et une poignée de syndicalistes qui ne représentent personne".

 

nicolas-sarkozy.jpgManifestement, Marine Le Pen entend nourrir sa campagne des Régionales de bling bling médiatiques et de buzz marketing. Nul doute que les Héninois et les Beaumontois goûteront goulûment des artifices présidentiels qu'elle entend s'approprier…

 

Roulez tambour et sonnez trompette. Marine Le Pen s'en est allée réclamer un rendez-vous à Nicolas Sarkozy pour parler de l'organisation de ce débat national… un débat avec celui que pourtant son père a accusé de récupération électoraliste ….Voilà qui est fort cohérent.

 

Plus que jamais, l'OPA UMP sur une partie des électeurs du FN fonctionne à merveille et devrait entraîner une radicalisation des discours de l'Extrême-Droite. L'image d'Epinal, il est vrai, résiste bien mieux au temps que celles tirées sur papier glacé.

 

Mais comme le dit si bien Marine Le Pen, la tactique, "ça n'a pas d'importance. C'est de la politicaille". De celle à laquelle, tout comme Nicolas Sarkozy, vous contribuez, madame Le Pen.

 

Patrick PIRET

 

(1) suite à l'article de lundi présentant le dernier tract du MoDem, un individu se disant canadien et militant FN nous a contactés par téléphone. Il souhaitait nous exprimer son incompréhension face à notre ténacité à dénoncer les très nombreuses incohérences de monsieur Steeve Briois et de ses amis.

 

 

 Sur le même sujet

 

 

Mod.jpgFrançois Bayrou a affirmé lundi que "l'identité nationale n'appartient pas aux politiques", après l'annonce d'un vaste débat sur ce thème par le ministre de l'Immigration, Eric Besson.

 

"L'indentité nationale n'appartient aux politiques. C'est comme l'histoire, il n'appartient pas aux politiques de s'en accaparer", a-t-il déclaré à l'AFP.

 

"C'est une identité toujours en construction. Elle est fondée pour nous sur des valeurs: liberté, égalité, fraternité en premier et intègre tous ceux qui avec le temps s'y rattachent", a fait valoir l'ancien ministre de l'Education en citant l'écrivain Ernest Renan qui la définissait comme "un plébiscite quotidien". 

 

"Rien n'est pire que d'en faire un sujet d'affontement politique surtout quand, par ailleurs, on laisse abîmer l'image de la France. Et, encore pire d'en faire une utilisation partisane", a-t-il dénoncé. "La nation appartient à tout le monde (...) Chacun en a son idée et sa meilleure illustration est la réussite de notre pays", a affirmé François Bayrou.

 

"Evidemment cette nouvelle annonce (d'Eric Besson) est une recette électorale. Chaque fois qu'une élection se présente à l'horizon, le parti UMP agite le sujet de l'identité nationale et de l'immigration", souligne-t-il.

"Cela a pu marcher mais le jour va venir où les Français se rendront compte que toutes ces déclarations à grands sons de trompe n'ont rien a voir avec une réalité qui s'aggrave tous les jours, empêchant toute intégration et renforçant les discriminations, accompagnés de décisions qui sont le contraire des valeurs et l'identité de notre pays", a-t-il ajouté en citant en exemple le récent renvoi de trois Afghans à Kaboul.