jeudi, 08 octobre 2009

Donner de l'argent aux élèves en difficulté ?

portrait-ecoute-fb.jpgDans un entretien accordé au Journal du Dimanche, François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate et ancien ministre de l'Education nationale, réagit sur le projet de donner de l'argent aux élèves en difficulté pour qu'ils aillent en classe.

 

François Bayrou y voit "une dérive inacceptable, un incroyable déplacement des valeurs de nature à troubler encore un peu plus les repères des enfants", ajoutant qu'avec ce gouvernement, "la France est entrée dans le cercle des pays qui considèrent que l'argent est la valeur prédominante".

 

JDD : Donner de l’argent pour que les élèves aillent en classe, c’est une solution ?

François Bayrou : C’est une histoire de dingue. Une dérive inacceptable, un incroyable déplacement des valeurs de nature à troubler encore un peu plus les repères des enfants. A l’école, l’argent ne devrait pas avoir droit de cité. L’école pour les familles est le ieu où ce qui compte n’est pas l’argent mais le savoir, le respect et l’autorité. Au fond, on en arrive à considérer que l’assiduité à l’école n’est pas une chance offerte à l’enfant, mais une attitude à récompenser. On ne peut pas fausser l’esprit des élèves à ce point. Dès l’instant où un tel principe est accepté, on peut craindre qu’il ne soit généralisé. Les enfants diront: "je ne viens pas parce que tu ne me donnes pas de thune!"

 

Mais en Angleterre, où, depuis 2008, des adolescents de 16 à 18 ans sont payés entre 11 et 33 euros par semaine pour aller en cours, ce type de mesures semble marcher…
C’est exactement la société dont je ne veux pas. Là-bas, l’école est payante et très chère. L’idée qu’il faudrait entrer dans un système de "marchandisation" de l’école est mauvaise. Payer pour aller à l’école ou se faire payer pour aller à l’école, c’est la même chose. Il faut se battre pour arracher l’école au monde de l’argent. Mais l’absentéisme a touché, l’an dernier, 438 000 élèves en France. Comment leur donner envie de suivre les cours ? C’est effectivement un chiffre inacceptable. Mais pour les ramener à l’école, il faut de l’autorité et des établissements différents. Quand j’étais ministre de l’Education nationale, j’avais créé des collèges "hors les murs" qui proposaient une formation moins académique et plus d’apprentissage. On y responsabilisait les adolescents, mais sûrement pas par le porte-monnaie.

 

N’est-ce pas déjà trop tard ?

Je me bats pour que la société ne soit pas asservie à l’argent, spécialement à l ’école. Nous sommes entrés dans un modèle de société où l’argent est considéré comme maître et seigneur. C’est comme si, au sein d’une famille, un parent disait à son enfant: "je te donnerai de l’argent si tu acceptes de venir manger à table ou de prendre une douche". Ils sont devenus fous !

 

N’est-ce pas la conséquence des précédentes politique d’éducation ?

Ce n’est pas vrai. Il y a quinze ans, l’école n’était pas dans cet état. Quand j’étais ministre de l’Education, 15% des enseignants disaient vouloir changer de métier ; aujourd’hui, ils sont 65 %. Je ne dis pas que c’était grâce à moi, mais les choses se sont vraiment dégradées. Je ne jette la pierre à personne, c’est difficile de diriger l’Education nationale.

 

Nicolas Sarkozy entend "mener une guerre sans merci contre les décrocheurs…"

Il faut livrer la bataille contre l’abandon des jeunes du système scolaire mais je ne suis pas sûr qu’il faille utiliser des termes aussi violents. Depuis des années, on passe son temps à tenir des discours va-t-en-guerre et en même temps tout s’aggrave dans les prisons, les banlieues, l’école.

 

Cela vous étonne-t-il que Martin Hirsch, haut-commissaire à la Jeunesse, cautionne ces mesures ?

De ce gouvernement-là, rien ne m’étonne. Avec eux, la France est entrée dans le cercle des pays qui considèrent que l’argent est la valeur prédominante. J’imaginais que Martin Hirsch ne serait pas partie prenante de ce système. Cela prouve que c’est tout le gouvernement qui va dans ce sens.

 

Est-ce pour vous une mesure symbolique du sarkozysme ?

Je ne vois pas par quel chemin un responsable de la République française peut en arriver à ce genre de réflexion. Ce sont des raisonnements courants dans la société britannique ou américaine, mais le principe est inacceptable en France. Tous les jours, l’école est contaminée par l’argent : ainsi les leçons particulières se généralisent, elles sont même déductibles des impôts, et rares sont les étudiants qui, aujourd’hui, réussissent le concours de médecine sans avoir recours à des "écuries d’entraînement". Il y a un moment où notre pays doit choisir son cap.

lundi, 05 octobre 2009

Plan d'action pour la jeunesse

Nicolas Sarkozy a présenté, mardi dernier, son plan « Agir pour la Jeunesse ». Le Mouvement Démocrate s'étonne qu'il ne comporte qu'une dizaine de mesures, sur les cinquante sept développées dans le Livre Vert. Le saupoudrage de centaines de millions d'euros ne suffit pas à déterminer une politique de Jeunesse ambitieuse.

Une fois encore, le président de la République réduit presque essentiellement les questions de Jeunesse à l'emploi et à la formation. Est-ce sa manière de reconnaître que le plan pour l'emploi des jeunes, présenté en avril 2009, a échoué ? La cohérence d'ensemble du Livre Vert de Martin Hirsch est éludée, au profit de mesures disparates, qui s'apparentent à un saupoudrage électoraliste. Ce prisme déformant ne permet en aucun cas de bâtir une politique de Jeunesse globale et ambitieuse.

 

Si la réforme de l’orientation et le développement du service civil semblent manifester une bonne intention, plusieurs mesures n’apportent pas d’améliorations suffisantes. L’extension du RSA aux 18-25 ans qui ont travaillé deux ans à temps plein sur les trois dernières années, ne permet pas de toucher les jeunes en grande précarité, qui multiplient l’intérim et les temps partiels, sans certitude sur leur lendemain. Le versement d’un 10 e mois de bourse ne servira qu’à financer l’extension de la durée des formations, ramenées elle aussi à 10 mois, sans améliorer les conditions de vie des étudiants. 

La priorité semble être de donner coûte que coûte un travail aux 150 000 décrocheurs – et non 100 000 comme énoncé par Nicolas Sarkozy – mais aucune piste n’est évoquée pour anticiper et éviter le décrochage. La dotation d’autonomie, limitée à l’expérimentation, nécessite que les parents acceptent de renoncer à leurs aides sociales. Quid des situations de rupture et des conflits familiaux ? Quant à l’Erasmus des apprentis, il n’a rien d’innovant : celui-ci a été annoncé fin 2008 et correspond à une remise à plat du programme Léonardo déjà existant.

Le Mouvement Démocrate estime qu’une politique de Jeunesse ambitieuse doit désormais se concevoir de la petite enfance à l’insertion stable dans la vie active, et non se limiter uniquement aux 16-25 ans, comme le laisse entendre Nicolas Sarkozy. Faut-il rappeler que les premières années de vie sont déterminantes dans la préparation à l’autonomie, dans l’éveil à la créativité, tout comme dans l’acquisition du goût d’apprendre et d’entreprendre ?

Au regard de ce plan, le MoDem s’interroge : où est la cohérence d’ensemble ? L’immédiateté prend chaque fois le dessus sur la déclinaison d’un véritable projet de société, qui orienterait les politiques publiques sur les dix prochaines années. La construction de soi et le bien-être des jeunes sont totalement absents du débat. Le chef de l’Etat se contente de semer les millions d’euros, sans trop sembler savoir ce qu’il va récolter.