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vendredi, 15 novembre 2013

POUR SORTIR DES IDEES RECUES SUR L'IMMIGRATION (4)

NOTRE POLITIQUE MIGRATOIRE, C'EST LA NEGATION DE LA REVOLUTION FRANCAISE

 

Quel regard portez-vous sur l’affaire Leonarda ?

 

Sa médiatisation m’a surpris. On a l’impression que les Français ont découvert le processus des expulsions à la faveur de l’affaire Leonarda, alors qu’il y en a des milliers par an, 36 000 depuis le début de l’année, y compris dans les écoles.

 

Le débat sur l’immigration en France repose quasiment entièrement sur de l’émotionnel, de l’idéologique, du fantasme et de la peur. Le débat doit être dépassionné par la réalité empirique à partir de laquelle, ensuite, interviendront les idéologies.

 

Par ailleurs, un mineur n’est jamais en situation illégale en France, c’est important de le rappeler. Les parents de Leonarda l’étaient mais les enfants ont été renvoyés au Kosovo pour qu’ils ne soient pas séparés notamment en respect de conventions internationales.

 

C’est pour cela que la décision de François Hollande de lui permettre de rentrer toute seule, c’est marcher sur la tête. On propose de la séparer de sa famille alors que c’est pour ne pas la séparer de sa famille qu’on l’a renvoyée au Kosovo.

 

Chez Ardisson, vous insistiez sur le fait qu’une fermeture stricte des frontières, brandie par le Front national, aurait des conséquences pour les gens qui veulent émigrer.

 

La fermeture totale des frontières me semble une idée aberrante. D’abord parce que ça ne sert à rien : quand vous fermez physiquement les frontières, quand vous murez votre pays, les chiffres montrent que ça n’a quasiment aucun impact sur les flux migratoires, les gens rentrent quand même.

 

Par contre, ça a un impact, et ça peut être dramatique, sur les conditions dans lesquelles les gens franchissent les frontières. Ils le font de plus en plus dangereusement. Je pense à Lampedusa : depuis le début des années 2000, plus de 20 000 migrants se sont noyés en Méditerranée, précisément parce qu’on a cherché à fermer les frontières. Il y aussi ceux qui meurent de soif dans le désert du Nouveau-Mexique.

 

D’autre part, ça marche dans les deux sens : la proposition du Front national de réduire le flux d’immigrés à 10 000 personnes, ça veut dire que l’on ne prend même plus tous les candidats européens, qui sont autour de 55 000 chaque année.

 

Il faudrait donc sortir de Schengen. Quand on voudra partir en Espagne ou en Italie, il faudra un passeport, remettre des douaniers aux frontières, il faut réaliser tout cela. Ça ne veut pas dire qu’on ne pourra plus le faire mais ce sera plus compliqué de quitter le pays.

 

Ça implique aussi de sortir de la Convention de Genève qui fixe les statuts et les droits des réfugiés, une des plus vieilles conventions humanitaires qui date de 1951.

 

De plus en plus de pays ferment leurs frontières...

 

Oui, plus d’une trentaine de murs et de barrières physiques sont construites sur la planète. Entre les Etats-Unis et le Mexique, entre le Yémen et l’Arabie Saoudite ; l’Inde est en train de faire la même chose avec le Bangladesh.

 

Je crois que ce sont des mesures symboliques prises pour rassurer une population inquiète d’invasion.

 

Jean-François Copé a introduit dans le début public une remise en question du droit du sol.

 

Le droit du sol est devenu un tabou, un totem en France. D’autres pays européens n’appliquent que le droit du sang, il existe plusieurs conceptions du droit du sol.

 

Il me semble que c’est une notion très mal comprise dans le débat public : rappelons qu’il ne suffit pas de naître en France pour être français, il faut aussi y avoir vécu pendant au moins cinq ans pour prétendre obtenir la nationalité.

 

Arrêter définitivement le droit du sol, ça voudrait dire renvoyer des enfants dans un pays où ils n’ont jamais mis les pieds et/ou dont ils ne parlent pas la langue. On peut discuter des aménagements du droit du sol qui a joué un rôle important dans la constitution de l’identité française.

 

Un pays qui n’applique que le droit du sang n’en est pas plus inhumain mais j’ai peur qu’une telle proposition ne soit que démagogique et électoraliste.

 

Pourquoi le débat sur l’immigration est-il si nerveux en France ?

 

Il y a une histoire de prédiction créatrice : à force de marteler que l’immigration est un problème, l’immigration devient un problème, y compris pour des gens qui n’ont jamais vu un immigré de leur vie.

 

La gauche a commis une faute à partir de la fin des années 80 en disant que le FN apportait de mauvaises réponses à de vraies questions. Le FN ne pose pas de vraies questions mais il est parvenu à imposer tous ses thèmes de campagne à l’agenda politique.

 

Notre rôle de chercheurs et de citoyens, c’est de dire que l’immigration, ce n’est pas un problème. Oui, il y a des problèmes associés à l’immigration mais c’est la manière dont nous traitons les immigrés qui les crée.

 

Je m’étonne qu’en France, un pays où l’identité nationale s’est tellement construite sur cette idée de l’abolition des privilèges de la naissance, on en soit encore là. Notre politique migratoire, c’est la négation de la Révolution française. Pour le citoyen que je suis, c’est inacceptable.

 

Il serait donc plus correct de parler de problèmes d’intégration ?

 

Il y a des problèmes de ghettos, notamment dans la banlieue parisienne. Des concentrations de populations marginalisées dans certains quartiers, qui entraînent des problèmes de délinquance. Il ne faut pas les négliger.

 

Mais ce que j’ai retenu des émeutes de banlieue ces dernières années, c’est le désir des immigrés et des enfants d’immigrés de faire partie de la société française, exprimé avec une violence qu’on ne peut approuver. C’était une demande d’intégration, qui leur est refusée par des politiques d’emploi, par des politiques urbanistiques, par toute une série de discriminations.

 

Mais l’intégration, en général, n’est pas un échec.

Source : Rue 89

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